Le Burkina Faso: prendre en mains son avenir

En cette année 2019 les Burkinabè commémorent les 100 ans d’existence du Burkina Faso (“Le pays des hommes intègres”), créé en 1919 sous le nom de Haute Volta. La fête nationale du 11 décembre prochain se célèbrera à Tenkodogo, chef-lieu de la région du Centre-Est, sous le thème: « De la création de la Haute Volta à la construction de l’Etat-Nation burkinabè : leçons et défis ». Tout un bilan mais aussi tout un programme : évaluer les acquis et les insuffisances de notre histoire et envisager les perspectives pour notre avenir.
L’organisation inédite de cette mémoire collective tire indubitablement sa justification du contexte actuel de terrorisme et d’insécurité généralisée auxquels se greffent des affrontements intercommunautaires de plus en plus récurrents.

Il s’agit de raviver le sentiment d’appartenir à la même Nation, le désir de vivre ensemble dans la cohésion et la nécessité de poursuivre dans l’unité et la paix, la construction du pays.

Malgré son importante production cotonnière (1er producteur africain en 2017, avant la baisse de 29% pour 2018-2019) et le boom minier de ces dernières années (46 tonnes d’or en 2018, 11% du PIB, 4eme rang en Afrique), le Burkina Faso reste encore de nos jours, 59 ans après son indépendance acquise en 1960, un pays en développement, où les nombreuses priorités sont autant de défis à relever avec le nécessaire accompagnement de ses partenaires de coopération.

Les défis en matière de développement 
Les pays, institutions et ONG partenaires du Burkina Faso s’appuient depuis 2016 sur le cadre de référence qui est le PNDES (programme national de développement économique et social) pour leurs projets et programmes d’intervention. Les domaines suivants sont essentiellement concernés:
L’éducation, levier de tout développement. Malgré les progrès enregistrés ces dernières décennies, l’analphabétisme constitue encore un frein au développement. Il faut se féliciter que le taux brut de scolarisation au primaire ait atteint 86% en 2016. Il est cependant entaché par la déperdition scolaire au niveau secondaire pour diverses raisons que sont notamment la pauvreté, les mariages précoces et l’insécurité.
La santé et l’humanitaire. La santé étant une condition du capital humain au travail, la méconnaissance des règles d’hygiène et la pauvreté contribuent aux épidémies et aux maladies tropicales comme la malaria. On y ajoute l’insuffisance de structures sanitaires et de personnel soignant qui font l’objet de l’attention des pouvoirs publics et de la coopération internationale. En faveur de ce secteur, le gouvernement met en œuvre un programme de gratuité des consultations et des soins médicaux pour les femmes enceinte et les enfants jusqu’à 5 ans.
L’agriculture et l’élevage qui occupent et font vivre près de 90% de la population sont tributaires des aléas climatiques telle que la sècheresse. Il faut davantage mécaniser, motoriser, améliorer les rendements et lutter contre les ravageurs et les épizooties.
L’hydraulique : l’eau est une denrée rare Le et précieuse sur ces terres si arides. Gouvernement et ses partenaires au développement interviennent intensément dans ce secteur par la construction de barrages, de forages et puits, d’adduction d’eau en ville et dans les zones rurales.
La lutte contre la désertification et la protection de l’environnement et des ressources naturelles sont vitales dans l’optique d’un développement durable. Chaque année ce sont des millions d’arbres qui sont plantées tandis que la coupe du bois vert est rationnalisée et l’utilisation du gaz domestique encouragée à coups de subventions. En 2018 un prix Nobel alternatif a été attribué à Yacouba Sawadogo, paysan burkinabè surnommé « l’homme qui a arrêté le désert », pour ses actions persévérantes et efficaces de reboisement dans le Nord du Burkina.
La transformation et la commercialisation rencontrent beaucoup d’obstacles. Le coton, les peaux, les légumes et autres produits du cru sont exportés à l’état brut ou semi-brut, faisant perdre au pays la valeur ajoutée et les emplois que leur transformation sur place aurait générés. On peut noter que de nombreuses initiatives comme les foires et festivals contribuent à la promotion et à la commercialisation des produits de Burkina. Une des solutions serait aussi d’œuvrer à ce que les produits du Burkina rentrent dans les circuits du commerce équitable mondial.
L’énergie : le Burkina Faso est encore très dépendant sur le plan énergétique. Le pari aujourd’hui est le développement et la diffusion de l’énergie solaire, gratuite, propre et renouvelable, moyennant les investissements appropriés.
Le transport : il faut désenclaver le pays à l’intérieur et vis-à-vis de l’extérieur. Les populations réclament permanemment des routes et des pistes. Preuve que le développement social et économique du pays repose aussi sur la qualité des réseaux routiers. La desserte ferroviaire et aérienne a besoin d’être mieux tissée pour servir l’économie et favoriser la libre circulation des personnes et des biens si chère à la CEDEAO (communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest).

Le contexte politique, social et juridique
Il n’y a pas de développement sans démocratie, sans justice, sans libertés et sans droits de la femme. Le Burkina Faso est passé par plusieurs expériences de régimes politiques issus soit d’élections pluralistes, soit de coups d’Etat ou d’insurrections populaires.
En attendant la Vème République par l’adoption prochaine d’une nouvelle Constitution, le Burkina Faso post-insurrectionnel (insurrection des 30 et 31 octobre 2014) est confronté à une situation économique morose, à un environnement social et syndical tendu et à une soif de vérité et de justice pour nourrir la réconciliation. Sans compter la multiplication des attaques terroristes et des violences intercommunautaires dans un pays jadis pacifique.
Dans ce contexte le Burkina Faso est classé destination dangereuse aussi bien pour les touristes que pour les investisseurs. Pourtant lorsque les djihadistes frappent la France ou la Grande Bretagne, aucun voyageur n’est dissuadé de s’y rendre !

Les hommes et les femmes qui vivent au Burkina continuent de se battre et gardent l’espoir d’un avenir meilleur où il fera bon vivre ensemble, dans la cohésion sociale, en paix et en sécurité. La coopération au développement y est plus que jamais indispensable.

Dans cette perspective il faut se réjouir de la prochaine visite de la chancelière allemande Angela Merkel au Burkina Faso, une première historique. Il convient de saluer également l’Italie qui vient de rouvrir son ambassade résidente à Ouagadougou, et qui annonce la visite au Burkina de la vice-ministre en charge de la coopération internationale, Emanuela Del Re, en début mai 2019. Autant de signaux forts de son désir de continuer d’intervenir avec une plus grande proximité.


Beatrice Damiba

Ancien ministre, ancien ambassadeur du Burkina Faso en Italie et en Autriche. Ancienne présidente du Conseil supérieur de la Communication Présidente de l’Association Convergence (protection et valorisation de la création audiovisuelle en Afrique).